Fabienne MOTTO EI
Psychothérapie à Meyzieu
Fabienne MOTTO EI
Psychothérapie à Meyzieu

La dimension spirituelle dans l'Approche Centrée sur la Personne ?

13 Nov 2022 Fabienne MOTTO Témoignages

Dans une perspective de transmission, je réalise actuellement une série d’interviews auprès de collègues psychopraticiens certifiés dans l’Approche Centrée sur la Personne (ACP). Alain Guichard est l’un d’entre eux et exerce sur Dijon. Il a accepté volontiers de témoigner sur ce que l’ACP représente pour lui, sa rencontre avec l’approche, ce qu’elle a pu ou continue de lui apporter.

Qu’est-ce cela t’a apporté et qu’est-ce que cela t’apporte aujourd’hui ?…

Pour moi c’est une philosophie de vie que je tiens dans le temps. C’est en premier lieu, et en résumé, un rapport à la vie fondé sur les trois attitudes facilitatrices découvertes par Carl Rogers (la congruence ou authenticité, l’empathie, le regard positif inconditionnel). Je suis très touché par la tendance actualisante, c’est-à-dire comment cela pousse intérieurement, comment la vie se manifeste. Demeure présent à mon esprit l’expérience de Rogers enfant (il observa avec émerveillement des patates germant et se développant maladroitement certes, mais se développant, dans une cave quasi obscure !). La Vie pousse sans arrêt, mais nous ne savons pas quelle forme cela peut et va prendre... J’ai jusqu’à récemment confondu la tendance actualisante avec le regard positif inconditionnel, comme si la vie ne pouvait qu’émettre du positif, du facile, du confortable. Or la tendance actualisante peut prendre des dimensions pas forcément très agréables. La vie peut se dégager de nos enfermements avec douleur. Comment s’accompagner soi-même et l’autre dans ces traversées douloureuses  pour que la vie se manifeste ? Voici notre « travail » !

Quelle est la différence pour toi entre la tendance actualisante et la tendance formative ?

Je te renvoie au petit livre rouge de Bérénice Dartevelle intitulé « la psychothérapie centrée sur la personne, Approche de Carl Rogers » paru aux éditions Bernet-Danilo en 2003 et malheureusement plus édité. Elle parle de manière limpide des deux. Je ne comprends pas trop, intellectuellement parlant, ce que cela veut dire pour moi... La vie est un mystère de croissance, « un processus actif et non passif » qui « se déploie à tout moment ». Et écrit Bérénice « la tendance actualisante participe d’une tendance plus vaste, la tendance formative, inhérente à l’univers ». Elle cite Carl Rogers selon lequel « Toutes les formes que nous connaissons ont surgi d’une forme simple, qu’il s’agisse du corps humain, issu d’une cellule, ou de toutes les formes de vie inorganiques, galaxies, étoiles, planètes, cristaux, coraux, objets stellaires. Tous sont des objets formatifs ».  

 Selon une de mes superviseuses, Carl Rogers serait super pour la réparation du moi, pour reconstruire la personnalité, mais le dessous, le Soi… Toujours selon cette dernière certaines personnes ont besoin d’un processus d’individuation, de travailler avec les rêves, les symboles. Je me sens comme inspiré par les deux Carl : Rogers et Jung. Et chez les thérapeutes c’est, je crois, un peu pareil. Certains réparent la personnalité (pour aller mieux dans son quotidien, dans la dimension spatio-temporelle), d’autres ont une quête plus profonde avec une dimension plus spirituelle (aller avec et vers l’infini et l’éternité, au-delà de notre dimension "spatio-temporelle"). J’ai pour ma part, une vision trinitaire de l’homme : Corps (soma), Âme (psyché) et Esprit (souffle, pneuma). Pour moi Rogers a  travaillé, de son vivant, sur la dimension psychique. Il y a une autre dimension voire deux, qu’il a laissée à ses « successeurs »,  qui est celle de l’Esprit et aussi celle du Corps. Rogers dit à la fin de sa vie que quand il écoute, il y a des moments où il lui semble approcher une autre dimension, plus transcendantale, comme plus transpersonnelle. C’est une écoute particulière, où tout est ouvert, où il est comme un canal de quelque chose.

Quand tu parles de dimensions, celle de réparation et celle plus spirituelle, tu sembles les séparer ?

Pas dans la manière dont je vis mon travail. Dans l’ACP telle que je la vis, certains canaux sont dans une dimension transcendantale et d’autres plutôt horizontaux. Certains thérapeutes sont « formés », très ouverts, très sensibles à la dimension spirituelle. Pour moi, cette dernière dimension a toujours été importante. Certains n’ont pas fait cette expérience. Les personnes, dont je suis, peuvent-elles entendre au-delà des mots prononcés ? Ecouter en deçà et au-delà des mots ? C’est un apport de l’ACP pour moi. Il y a un moment où les mots sont un peu impuissants. En même temps, on en a besoin. La qualité de présence de l’écoutant, du thérapeute, est en deçà et au-delà des mots. Je perçois cela et je le vis dans les rencontres en ACP. Comment entendre l’indicible au-delà des mots ? En tant que thérapeute, je n’arrive pas vraiment à dissimuler mes émotions et mes sentiments. Je ne suis pas impassible. C’est mon style. Les mots peuvent dévoiler ou camoufler mais au niveau du corps, les interactions, les émotions corporelles, la sensibilité corporelle… sont très importantes, parlantes. Il n’y a que dans l’ACP que j’ai trouvé ces qualités d’accueil et d’écoute inconditionnelles. J’ai réalisé que ce que j’ai vécu dans le cadre de ma formation de psychopraticien dans l’ACP et avec les autres personnes de l’ACP n’est vraiment pas banal.

Si je comprends bien ce que tu me dis, dans l’ACP tu as trouvé la dimension spirituelle avec certains et certaines et que l’ouverture à cette dimension est reliée à la spécificité de l’écoute ACP ?

Oui c’est cela, une écoute en profondeur de l’autre met en relation avec une autre dimension, d’ordre spirituel chez moi. Il y a l’écoute et le silence. Dans mon ancien métier, un collègue me disait : « Ecoute tout ce qu’ils ne te disent pas ». Dans l’ACP, on écoute au-delà et en deçà des mots émis. La parole vient du silence et y retourne. Le silence est très subtil et très fin à écouter. L’ACP c’est ouvrir, offrir un espace disponible, pour vivre des choses où on laisse tomber la raison pensante. Le corps y est beaucoup impliqué. L’ACP permet d’explorer les dimensions autres que celles que nous avons introjectées. On est plus grand que notre propre cœur. Il y a une dimension plus large, plus grande en nous. Les espaces de l’ACP permettent cela. Je me suis surpris dans ces cadres à dire des choses de moi que je ne m’étais jamais dit à moi-même. « Je suis comme ci, je suis comme ça » disais-je beaucoup au début de ma formation… De fait je ne suis pas que ceci ou cela : « il y a de la timidité en moi et de l’audace ! ».  Il y a le meilleur et le pire possible en moi ! En ce sens, je me sens relié à toute l’Humanité dans ce qu’elle a de meilleur et de pire. J’ai pu aller explorer tout cela. L’ACP a été et est importante pour moi car elle permet de mettre de la conscience sur ce que je vis, éprouve, ressens. Elle met de l’éclairage. Quand on fait un travail en psychothérapie, on met de la conscience. Cela ne résout pas quoi que ce soit : « c’est juste comme cela aujourd’hui ». Je ne me laisse pas emporter à m’identifier à ce qui se passe en moi, je prends de la hauteur, je fais intervenir le superviseur interne, avec une espèce de douceur, de bienveillance qui apparaît, comme un sourire. Je me prends un peu plus en douceur. Je dis toujours, parfois, « Mais quel con ! » mais maintenant je m’entends le dire et je m’arrête.

Je connais l’ACP depuis longtemps. Dans les années 1980, j’ai fait la connaissance de l’organisme PRH (Personnalités et Relations Humaines/André Rochais) de mouvance chrétienne. Celui-ci était d’inspiration Rogérienne, si j’ose ainsi m’exprimer, mais dans la vision chrétienne. Je souhaitais quelque chose de plus neutre dans lequel je puisse rencontrer des personnes de toute obédience, en deçà et au-delà d’une appartenance religieuse. Je me sens très laïc ! Et une figure importante pour moi de l’ACP est Brian Thorne. Les dimensions de la délicatesse et de la tendresse qu’il met dans la relation psychothérapeutique résonnent avec et en moi. C’est quelque chose de très fort. Je crois les avoir en moi et en même temps je peux aussi être très impatient et tendu ! Les avoir et tenir, quel grand art ! Les formatrices que j’ai pu rencontrer lors de ma formation de psychopraticien ont ces dimensions. Quelle patience ! Quelle tendresse ! Elles sont habitées d’elles-mêmes et quelque chose transcende. Dans cette posture il y a pour moi quelque chose de divin.

Que veux-tu dire ?

Elles sont plus Humaines au sens de l’universalité. Quand tu partages quelque chose de très intime, unique, il y a quelque chose d’universel. C’est pour moi et en moi quelque chose de très fort. J’ai cela en tête dans toute rencontre. Je pourrais être à la place de la personne qui me parle intimement d’elle. Ces rencontres dans le cadre de l’ACP où j’ai pu me découvrir autre me manquent. C’est ça l’ACP pour moi : c’est se découvrir autre que ce que je crois être. En cela, il y a quelque chose de réparateur pour moi dans l’ACP.

Je suis profondément émue par ce que tu me partages… C’est tellement profond et intime, cela semble être au cœur de ce qui est important pour toi et c’est si émouvant.

Oui, j’ai été au cœur du cœur pour moi. La tête, le cœur et les tripes. Le cœur de plus en plus, le temple et le tabernacle, le cœur du cœur. Il y a tellement peu d’espace où vivre cela ! Nous avons eu beaucoup de chance lors de notre formation et cela reste comme une source pour moi. C’est dommage que cela se soit arrêté ! Et j’aimerais tellement en redonner, je voudrais émettre plus. Je ne suis pas non plus tout le temps dans l’approche mais pour moi ce sont des repères clefs !

Merci Alain.


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