Fabienne MOTTO
Psychothérapie à Meyzieu
Fabienne MOTTO
Psychothérapie à Meyzieu

Comment comprendre le concept de pouvoir d'agir au travail ?

15 Avr 2022 Fabienne MOTTO Psychopathologie du travail

Le pouvoir d’agir est un des concepts centraux de la clinique de l’activité. Selon Brun (2017), il revêt une importance centrale dans l’œuvre de Clot. Pour ce dernier (2017), les différentes notions de « puissance d’action », de « pouvoir d’agir » ou de « pouvoirs de l’action » ont été introduites en psychologie du travail à partir de la reprise de Spinoza et de Ricoeur. Nous allons voir ici à quoi renvoie ce concept et comment il fonctionne.

Quelle utilisation de ce concept ?

Les interventions de la clinique de l'activité dans les organisations cherchent à restaurer les ressources psycho-sociales et à développer le pouvoir d'agir des professionnels. La clinique de l'activité est une clinique dialogique. Elle utilise donc le langage comme instrument d'action.

Les organisations du travail contemporaines offrent parfois un contexte de travail dégradé au sein duquel les professionnels sont trop isolés pour faire face aux dilemmes de l'activité avec des risques pour leur santé. Pour la clinique de l'activité, il faut soigner le travail pour que les professionnels se retrouvent en santé. Elle prône pour cela la dispute professionnelle sur la qualité du travail bien fait entre pairs puis tout au long de la chaîne hiérarchique. C'est à ce prix là qu'ils pourront se reconnaître dans leur travail et faire autorité.

Définition du pouvoir d'agir selon Y. Clot (2017)

Clot définit le pouvoir d’agir de cette façon : « vivre au travail c’est donc pouvoir y développer son activité, ses objets, ses outils, ses instruments, ses destinataires, en affectant l’organisation du travail par son initiative » (Clot, 2017, p. 7). On peut penser que développer son pouvoir d’agir, c’est être en mesure d’affecter l’organisation du travail.

Clot se rapproche ici de Tosquelles. Après la deuxième guerre mondiale, ce dernier a en effet fait travailler « les malades mentaux » au sein de l’institution pour reconstruire l’asile car il était parti du constat qu’en leur donnant une activité de travail, il était plus facile de les soigner (valeur intégratrice du travail par une réadaptation). Clot retient chez lui l’idée qu’il s’agit de faire travailler les malades et le personnel soignant pour soigner l’institution « pour que l’institution et les soignants saisissent sur le vif, que les malades sont des êtres humains, toujours responsables de ce qu’ils font, ce qui ne peut être mis en évidence qu’à condition de faire quelque chose » (2017, p. 67). Il transpose ce modèle au travailleur et à sa relation à l’organisation du travail. Le salarié doit introduire quelque chose de lui-même dans l’organisation et les chances de développement de sa santé seront alors augmentées.

Clot suit également Canguilhem dans le lien établi entre activité et santé « Je me porte bien, note Canguilhem, dans la mesure où je me sens capable de porter la responsabilité de mes actes, de porter des choses à l’existence et de créer entre les choses des rapports qui ne leur viendraient pas sans moi » (Cité par Clot, 2017, p. 6). La santé n’est pas la stricte conservation de soi, elle se développe dans ce que l’on pourrait devenir (Clot, 2017, p. 96). L’idée de liaison est centrale dans le développement du pouvoir d’agir pour la santé au travail ainsi que celle de création : le développement à chaque instant du pouvoir d’agir individuel et collectif sur la situation en la recréant. Ainsi, pour Clot, le sujet au contact du réel doit pouvoir y mettre du sien et s’y transformer pour le faire sien, sous peine d’effets négatifs sur sa santé.

Comment fonctionne le pouvoir d'agir ?

Le pouvoir d’agir concerne l’activité. Pour Clot, « Il mesure le rayon d’action effectif du sujet ou des sujets dans leur milieu professionnel habituel, ce qu’on peut aussi appeler le rayonnement de l’activité, son pouvoir de recréation » (Clot, 2017, p. 13). Il précise que ce dernier se manifeste selon deux directions différentes, qui sont deux régulations de l’activité en cours d’action. Ceci permet de comprendre le point de départ de sa conceptualisation du pouvoir d’agir, il parlait alors de « régulations de l’activité en cours d’action » (Clot, 1995). Il a ensuite utilisé le vocable des « pouvoirs de l’action » (Clot, 1997, p. 81) pour en arriver au concept de « pouvoir d’agir » (Clot, 2015, p. 187).

Le développement du pouvoir d’agir n’est pas linéaire car il est hétérogène. En effet, il varie selon l’alternance fonctionnelle entre le sens et l’efficience, qui sont ses deux modes de régulations principaux. L’alternance fonctionnelle signifie que le développement du sens entraîne celui de l’efficience et inversement. C’est dans leurs rapports que se joue l’efficacité de l’activité. Cette dernière introduit une dimension de créativité dans le développement du pouvoir d’agir. En effet (Clot, 2017, p. 13), « Cette efficacité n’est pas seulement l’atteinte des buts poursuivis. C’est tout autant la découverte de buts nouveaux ». Voyons plus en détail à quoi correspondent sens et efficience :

Le sens : il renvoie à la signification des situations de travail pour l’individu. Selon Clot, le sens « fruit de l’échange, est source d’énergie » (Clot, 2017, p. 17). Il y a perte de sens, lorsque les buts de l’action divergent des aspirations personnelles et que d’autres buts plus adéquats sont en attente (déliaison). Lorsqu’il n’y a pas de congruence, il y a donc perte de sens et cela ampute le pouvoir d’agir (souffrance). La transformation du sens de l’action (la reconnaissance d’un nouveau but possible) augmente le rayonnement possible de l’activité et de la vitalité du sujet via un processus de migration (Clot, p. 15), « l’intellect et l’affect s’y chevauchent, migrent brutalement l’un dans l’autre au bénéfice, même différé, du développement du pouvoir d’agir du sujet dans la situation et sur lui-même. ».

L’efficience : elle renvoie quant à elle à l’économie des moyens via le renouvellement des techniques. Elle vient soutenir et même renouveler la vitalité conquise, en permettant une disponibilité subjective pour d’autres préoccupations possibles. Elle permet de rendre d’autres buts réalisables dans la dynamique du bien faire. Elle consiste à imaginer autre chose avec les moyens rendus disponibles. S’économiser, principe de l’efficience, est une des conditions du rayonnement de l’activité.

Sens et efficience sont les deux moteurs du développement du pouvoir d’agir.


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