Fabienne MOTTO EI
Psychologue à Meyzieu
Psychothérapie - Santé au travail
Fabienne MOTTO EI
Psychologue à Meyzieu
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Comment comprendre le fait hypnotique ?


Depuis que j'ai commencé à m'intéresser à la psychologie, j'entends parler de l'hypnose. Technique ? Pratique ? Thérapie ? Où la situer ? En quoi consiste-t-elle ?... Cet article, loin de prétendre à une exhaustivité, se propose de faire un petit point sur la question : l'histoire, les différentes formes d'hypnose, les indications thérapeutiques et ce qui m'interroge en lien avec ma pratique en tant que psychopraticienne.

Alors qu'est-ce que l'hypnose, comment la définir ?

Les définitions de l'hypnose sont très différentes selon les époques et selon les thérapeutes. En guise d'introduction ici, je vais utiliser Le Robert définissant l'hypnose comme un "État voisin du sommeil, provoqué par des manœuvres de suggestion (hypnotisme, magnétisme), ou des moyens chimiques (narcose)". En effet, l'étymologie grecque du terme hypnose soit "hupnos" signifie "sommeil".

Pour décrire cet état particulier, les professionnels parlent d'"état modifié de conscience" ou de "transe hypnotique". La méditation ou le rêve sont d'autres formes d'états de conscience modifiés. Dans cet état hypnotique (entre rêve et veille), nos perceptions ordinaires changent (pensées, comportement conscient). Le sujet se coupe de l'environnement immédiat, il se concentre sur l'intérieur de lui-même, en direction de ses profondeurs.

Pour atteindre cet état hypnotique, la phase dite d'induction permet de focaliser l'attention du sujet. Cette induction peut être courte ou longue. Le thérapeute invite ensuite la personne à être plus relaxée (accentuation de son état hypnotique). Dans cet état, le sujet serait alors plus réceptif, ouvert, aux suggestions qui peuvent modifier sa perception de la douleur, sa mémoire, ou sa volonté.

Selon les neurosciences (L'hypnose vue par les neurosciences), cet état nous affranchit de notre auto-censure sans nous éloigner de ce que l'on pense comme bon pour nous. Nous sommes alors plus ouverts, prêts à expérimenter davantage, sans nous mettre en danger.

Une petite histoire de l'hypnose...

Il semble que ses origines remontent à des temps anciens. Certains évoquent des traces dans les tablettes de Sumériens (4000 ans avant Jésus-Christ) ! On trouve également des traces en Egypte (bas-reliefs, papyrus) témoignant d'activités ayant recours au magnétisme et de guérison à visée anesthésique ou analgésique. En Grèce, les anciens pratiquaient une médecine par les songes dans le sanctuaire d'Asclépios (haut lieu de la médecine grec) et le théâtre d'Epidaure. Ils avaient recours également aux incantations et à la méditation.

Cette pratique est introduite en France en 1778 avec Frantz-Anton Mesmer (médecin Viennois) qui développe des théories sur le "magnétisme animal". Il vient apporter un jour nouveau sur les pratiques d'exorcisme de conception religieuse. Il cherche à comprendre l'état de transe et postule l'idée qu'il existe un fluide magnétique universel dont on peut faire une utilisation thérapeutique. La maladie était alors perçue comme un blocage du corps à la circulation de ce fluide. Introduit par le magnétiseur, il devait permettre de lever ces blocages. A la fin du XVIIIè la médecine commence donc à s'intéresser à ces phénomènes et à les utiliser.

Le marquis de Puységur (disciple de Mesmer) commence à pratiquer le magnétisme animal à partir de 1784 pour soigner les maux de ses vassaux sur son domaine. Ses expériences vont quant à elles révéler la capacité de certains magnétisés à agir et à communiquer. Ils peuvent parler avec le magnétiseur, accéder à des capacités et des connaissances accrues.

Devant l'ampleur du phénomène, les autorités médicales de l'époque diligentent deux commissions afin d'évaluer cette pratique. La conclusion sera de contester l'existence physique du fluide mais de reconnaître les effets thérapeutiques observés.

Le médecin écossais James Braid (1841) utilise une nouvelle méthode d'induction visuelle : la fixation de l'attention non plus sur la main du magnétiseur mais sur un objet brillant. Il définit l'hypnotisme comme un "état de sommeil nerveux". Il a recours à cette méthode, notamment pour obtenir l'anesthésie lors d'interventions chirurgicales.

L'âge d'or de l'hypnose se déroule de 1882 à 1892 et va être marqué par des polémiques entre l'Ecole de la Salpêtrière (Charcot) et l'Ecole de Nancy (Bernheim). Bernheim définit l'hypnose comme un simple sommeil produit par la suggestion et qui peut avoir des applications thérapeutiques. Il s'oppose ainsi à la définition de Charcot qui voit en l'hypnose un symptôme de l'hystérie.

L'hypnose a connu moins d'engouement dans les années qui ont suivi. Pendant la guerre 1939-1945, elle est utilisée pour aider des soldats souffrant de traumatismes psychologiques. C'est avec Milton Erickson (1904-1980), psychiatre américain, qu'elle va prendre une nouvelle stature. En effet, pour lui le patient possède en lui-même les ressources pour répondre aux situations rencontrées, il s'agit donc de l'encourager à utiliser ses compétences et ses capacités d'adaptation personnelles. Il transforme la pratique de l'hypnose, la rend plus riche et contribue à son développement en proposant des formations à l'hypnose.

Enfin,  le concept d'hypnose thérapeutique a été introduit en 1971 par Léon Chertok (psychiatre et psychanalyste français) qui  inaugure à Paris le Laboratoire d’Hypnose Expérimentale.

Les différentes formes d'hypnose

L'hypnose classique renvoie à la réalisation de suggestions simples et directes visant à influencer l'individu dans son comportement, ses pensées, ses sentiments et ses actions. C'est celle qui est visuellement la plus impressionnante, celle que l'on peut connaître lors de spectacles, mises en scène, au cours desquelles le "meneur de jeu" adresse des suggestions directes à une personne du style "Je compte jusqu'à 3 et à 3 vous dormez !". Dans un espace thérapeutique, l'idée est de permettre la confiance en soi ou l'arrêt d'une dépendance (alcoolisme, tabagisme...). Le thérapeute est en position très directive  et le sujet doit s'abandonner afin de faciliter son travail. Le thérapeute impose la solution qui lui paraît être la plus adaptée pour résoudre le problème d’un patient (FFHTB).

L'hypnose ericksonienne a quant à elle recours à des suggestions indirectes (métaphores, contes, récits...). Le sujet est alors stimulé à penser de manière créative et à choisir sa solution. La position du thérapeute est donc très différente que dans l'hypnose classique puisqu'il est là pour accompagner le sujet dans l'exploration de zones plus inconscientes de lui-même et lui proposer seulement des pistes de réflexion. C'est comme si ce procédé indirect via un langage métaphorique aidait le sujet à faire un pas de côté par rapport à son instance consciente et à laisser plus libre court au traitement du message par l'inconscient.

L'hypnose nouvelle apparaît comme un mixte des deux précédentes, en cherchant à améliorer l'hypnose traditionnelle (en sollicitant notamment la participation active du sujet) et en s'opposant à l'hypnose ericksonienne par l'intégration de l'auto-hypnose négative. Elle vise à aider le patient à changer sa façon de penser et à échapper à des blocages noueux.

Enfin, l'hypnose humaniste innove dans la mesure où là où les précédentes méthodes évoquées ci-dessus semblent se concentrer sur la mise en veille de la conscience, l'hypnose humaniste cherche à induire un "état de conscience extraordinaire" où la conscience est augmentée. Ainsi, il ne s'agit pas ici de focaliser sur l'inconscient mais plutôt de "réduire l'écart" entre conscient et inconscient en cherchant à mieux comprendre les phénomènes vécus.

Il existe également des hypnoses utilisées dans le domaine médical.  Elles ont une vocation palliative (atténuer les symptômes). L'idée est de placer le patient dans un état de détente suffisante pour communiquer avec ses parties subconscientes en faisant des suggestions adaptées à chaque symptôme. Il peut s'agir d'hypnosédation au bloc opératoire pour éviter une anesthésie générale. L'hypnosédation articule le recours à la suggestion hypnotique et l'usage de produits anesthésiants légers. Une autre hypnose plus récente utilisée dans le domaine médical est la neuro-hypnose :  il s'agit d'une méthode de manipulation des états mentaux, cognitifs et affectifs basée sur la PNL (programmation neurolinguistique). 

Enfin, il est possible de se mettre soi-même dans un état d'hypnose, on parle alors d'auto-hypnose. Il s'agit d'une technique très proche de la relaxation où l'on utilise les sens pour se rapprocher du corps et donc de l'inconscient. On peut passer par la respiration (ventrale) goûtée, le fait de fixer un point au loin sans réfléchir etc... pour accéder à cet état de conscience modifié. Dans cet état, on pratique ensuite l'autosuggestion en s'adressant des phrases positives adaptées à notre objectif (ex : bien dormir). On peut aussi avoir recours à la visualisation de scènes positives, qui nous font du bien, et même s'imaginer dans ce décor en se formulant les phrases d'auto-suggestion. Cette pratique d'auto-hypnose peut être utilisée pour soulager du stress, des émotions difficiles ou encore chercher à modifier son comportement.

Synthèse, interrogations, liens avec ma pratique

Pour réaliser ce petit tour sur le fait hypnotique, je me suis heurtée à un certain flou sur la définition même de l'hypnose. Les définitions sont nombreuses et très différentes selon les approches. De même, les théories contemporaines de l'hypnose sont multiples et offrent des propositions contradictoires pour tenter d'expliquer ce phénomène (Vion-Dury & Mougin, 2019).

Les neurosciences quant à elles viennent montrer que durant l'état hypnotique, il y a effectivement des modifications dans le fonctionnement cérébral liées à cet état. En effet, selon A. Vandaudenhuyse (vidéo), neuropsychologue et chercheuse, spécialisée dans l'étude des états de conscience altérés et modifiés, la communauté scientifique se rejoint sur le fait que l'hypnose a un effet sur le fonctionnement du cerveau en modifiant le réseau de la conscience (à savoir les régions cérébrales impliquées dans la conscience), que dans cet état, il y a diminution importante du réseau de la conscience de l'environnement et que le réseau de la conscience interne (la conscience que l'on a de nous-même) va être modifié dans la manière dont il fonctionne dans sa connectivité. Ces résultats viennent corroborer ce qui est vécu dans une séance d’hypnose (par ex : l’activation de l’imaginaire, la moindre prise en considération du milieu extérieur etc...). Les apports sur le plan thérapeutiques sont également objectivés : amélioration de la gestion de la douleur, de la détresse émotionnelle, de la qualité du sommeil. Mais, quid de l'explication des processus cérébraux ?

A l'issue de ce tour d'horizon, force est de constater que j'ai plus d'interrogations qu'au départ de mon exploration comme si chaque modèle explicatif me laissait sur ma faim et que je ne parvenais pas à avoir une compréhension globale du phénomène. Je suis également frappée par le fait que je n'ai pas trouvé dans mes sources de témoignages sur ce que vivent les protagonistes (thérapeute et sujet) durant cette expérience ? Au-delà des différents dispositifs existants, quelle est la part de la relation inter-subjective entre le thérapeute et le sujet sur le phénomène en tant que tel ?...

Dans ma pratique psychothérapeutique, j'ai l'impression de travailler "aux mêmes endroits" sans utiliser spécifiquement l'hypnose. Je veux dire par là que la psychothérapie permet, en instaurant un certain nombre de conditions, de réaliser un travail de transformation de l'être, qui passe notamment pas l'accueil d'éléments pré-conscients et inconscients. L'usage du focusing, du ressenti corporel, invitent le sujet à porter son attention en lui-même (son monde interne) en se recentrant sur ses ressentis corporels. Ceci aide à atteindre des niveaux de profondeur plus importants, tout en restant bien présent à lui-même, comme un endroit de lui où il consent à se tenir sur la ligne de crête entre ce qu'il connaît déjà de lui et ce "qui arrive à lui" qu'il ne connaît pas encore et qui va faire qu'il va advenir plus entièrement.


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